Dieter Zorn & Uschi Kallus
Les vrais cobras
(Les cobras du genre "Naja“ )
Couleuvres venimeuses (Elapidae)

Reparties en 20 espèces, les vrais cobras peuplent les larges régions de L’Asie du sud et de l’Afrique. Ils sont surtout terrestres, vivent cachés dans des trous au sol (des terriers abandonnés ou entre des racines). Il ont coutume de se dresser et de déployer la peau de leur nuque ce qui leur à donné le surnom : « serpent à capuchon».

serpent à lunettes (Naja, naja)
Les cobras les plus connus sont du genre " Naja " . Les sous-espèces Naja naja kaouthia (cobra monocle), Naja naja atra, (cobra noir) et Naja naja sputatrix (cobra cracheur des Indes) sont présents dans presque toute l’Asie du Sud et vivent dans divers biotopes, légèrement humides.
Ils peuvent atteindre tous les quatre une longueur de plus de 2m. Leurs proies favorites sont les rongeurs, les oiseaux et les grenouilles.
Ce sont des serpents très rapides et agiles. Ils ont des réactions vives et se montrent menaçants mais ne mordent généralement que lorsqu’il s’agit pour eux d’une question de survie face à l’ennemi . De toute façon, avant d’attaquer ils avertissent leurs ennemis comme déjà mentionné, en élargissant leur cou, ce qui augment leur taille et ainsi ils essaient d’impressionner leurs adversaires et de les faire fuir. Certains portent même un dessin qui rappelle les yeux d’un visage sur leur capuchon, d’où leur appellation : serpent à lunettes. Par contre, quand, on s’approche trop près d’un cobra, il mord tout de suite, parfois à plusieurs reprises.

mon cobra monocle albinos
Tous les cobras disposent d'un venin neurotoxique très puissant et sont responsables de la mort d’innombrables victimes humaines. Uniquement en Inde, plus de 10.000 personnes meurent annuellement à la suite d’une morsure de cobra Malgré cela, en Inde, tous les cobras sont quand même protégés car ils contribuent considérablement à combattre certains animaux nuisibles. Ceci est particulièrement important dans ces pays pauvres. Un cobra adulte mange jusqu' à 20 souris par semaine qui de leur côté pourraient dévaster presque toute la nourriture dont un homme a besoin pour vivre. En outre, les souris et rats peuvent transmettre des maladies qui sont difficiles ou impossibles à soigner dans les pays pauvres. Ainsi, les cobras sauvent plus d'hommes qu’ils n’en tuent.
Dans beaucoup de régions, ils sont même vénérés ou du moins intégrés dans la religion. (Même la Bible lui accorde son importance: il paraît que le bâton de berger de Moïse s’est transformé en cobra).
Ceci est compréhensible car du cobra émane effectivement une aura impressionnante. Il est gracieux, majestueux même et nous inspire inquiétude et respect face au danger qu’il représente et que nous percevons instinctivement dès qu’il apparaît.
Le charmeur de serpent se sert de la fascination qui émane de lui et l'industrie cinématographique le met en scène pour propager craintes et peurs. En fait le cobra est devenu l’image même du serpent mortel alors qu’il y a des serpents plus dangereux que lui.

cobra noir pakistanais ( Naja naja karachiensis)
La plupart des cobras asiatiques préfèrent des biotopes légèrement humides, tandis que le cobra noir pakistanais (Naja naja karachiensis ) ci-dessus, est, comme la plupart des cobras africains, un habitant du désert. Il est, selon mon expérience, le plus agressif de tous les cobras. .

Cobra du cap (Naja nivea)
Le cobra du cap vie principalement dans des steppes arides, mais on le trouve aussi aux berges des rivières riches en végétation de l'Afrique du Sud. Il est avec une longueur moyenne de moins de 1.5m un des plus petits najas, mais de loin le cobra le plus venimeux.

Devant : un cobra égyptien, derrière : un cobra cracheur africain
Le cobra le plus connu, et en Afrique le plus répandu, est le cobra égyptien (Naja haje). Bien qu'il soit au moins aussi agressif et venimeux que son cousin asiatique, il engendre relativement peu d'accidents. Ceci est dû certainement à sa façon de vivre, on le rencontre peu car il aime vivre retiré et caché. J’ai vécu deux ans en Egypte et ma maison était entourée d’un immense jardin. A intervalles réguliers, j’ai trouvé la mue d’un cobra égyptien. Malgré mes recherches intensives et répétées je n’ai jamais vu l’animal lui-même.
Le cobra égyptien qui apparaît fréquemment dans la vieille culture égyptienne, est particulièrement connu par la légende de Cléopâtre qui se serait suicidée avec son venin.
Les cobras égyptiens peuplent presque toutes les savanes, steppes, et demi déserts de l’Afrique entière et sont comme presque tous les habitants du désert, pas très difficiles dans le choix de leur nourriture. Ainsi, ils mangent à peu près tous les êtres vivants qui partagent son habitat et qui ont la bonne taille, parfois même leurs congénères. Certains cobras égyptiens atteignent jusqu’à 2.20 m de long.

Cobra de forêts
Le plus long de tous les najas est le Cobra de forêts qui atteint souvent plus de 2.5 m , parfois 2.7 m ou plus. Il vit dans les savanes d’Angola et du Pays Zoulou.
Certains cobras, tels que Naja naja sputatrix, Naja naja atra ou les espèces africaines telles que Naja nigricollis (cobra cracheur africain), et Naja nivea, peuvent faire jaillir du venin dans une direction précise, comme les yeux de leur adversaire, par exemple. Ceci provoque une forte sensation de brûlure et les yeux doivent être rincés immédiatement (à défaut d’eau, avec sa propre urine) car sinon le venin peut entraîner la cécité. Sur la peau même, tant qu’elle n’a pas de plaie, le venin ne fait pas d’effet.
Tous les Najas pondent des œufs et ont une espérance de vie d'environ 12 ans dans la nature. J’en ai eu un qui a vécu jusqu’ à l’âge de 18 ans et je connais des Najas qui ont vécu plus de 20 ans.
Dans ma jeunesse, j'ai soigné des animaux venimeux chez un monsieur spécialisé dans l’élevage de couleuvres venimeuses. Il était âgé et très expérimenté et il m’a appris comment agir avec des cobras et mambas. Surtout il m’a fait comprendre qu’avec un apprentissage correct, de l’expérience et des ustensiles adéquats et professionnels (box de cachette fermables, gants de cuir spécial, pinces spéciales pour leur capture et leur maintien, tubes en plexiglas etc… ), manier des serpents venimeux n’est pas plus dangereux qu’effectuer des travaux sur des lignes de haute tension.
Présenter des animaux dangereux en public, c’est autre chose. Quand j'ai décidé d’intégrer des cobras et serpents à sonnette dans le Reptiles-Show, j’étais conscient qu’un accident devenait possible, que c’était juste une question de temps comme c’est d’ailleurs probablement le cas pour chaque artiste ou sportif qui entreprend des actes dangereux. Pour m ‘entraîner j'ai acheté d’entrée deux cobras des plus agressifs; un pakistanais de 1.2m, et un serpent à lunettes de 1.7m

en haut, on voit mon premier naja (serpent à lunettes) , et en dessous le cobra pakistanais.

Un cobra normal en bonne santé mord dans tout ce qui bouge et s’approche trop de lui. Ainsi mon bâton de capture (avec un lasso particulièrement doux) était un outil précieux pour m’aider à apprendre à connaître leur comportement, leur façon de mordre, leur rayon d’attaque etc.

Plusieurs fois par jour ensuite je m’exerçais avec mes cobras. Au début avec l’aide de mon lasso de capture, ensuite à mains nues. Rapidement, mes cobras et moi, nous formâmes une équipe.
D’abord je pensais qu’ils deviendraient plus calmes avec le temps, mais je me suis trompé. Quand ils ont compris que je ne représentais en fin de compte aucun danger ils sont devenus de plus en plus insolents, mais aussi plus prévisibles .

ils reçoivent leurs premières "caresses"
J’avais lu qu'en Asie il y avait une démonstratrice de cobras qui était la seule au monde à faire le « baiser de la mort» au cobra . Elle n’est pas restée longtemps la seule au monde à embrasser un cobra !
Pour mes premières présentations en public j’ai acheté un cobra monocle et un serpent à lunettes plus jeune. Tous les deux mesuraient un peu plus d’un mètre.

Ma consoeur asiatique peut s'appeler désormais " seule femme au monde" sachant faire le « baiser de la mort» au cobra
Ici, vous voyez un de mes premiers essaies avec mon serpent à lunettes.

serpent à lunettes
Peu après, mon cobra à lunettes était lui aussi prêt à être présenté en public. Ces cobras sont cependant bien moins persévérants que les « kaouthias » (monocles) et au bout de peu de temps ils comprennent que leur attitude menaçante, donc leur danse, n’aboutit à rien. Donc, ils arrêtent de danser et préfèrent mordre. J'ai aussi fait des essais avec « Naja hajes » et « Naja melanoleuca », mais pour la « danse », les cobras monocles conviennent le mieux. Le Naja melanoleuca (serpent à capuchon noir et blanc) serait mon deuxième choix, mais ils deviennent rapidement trop grands, puis ils déploient leurs côtes de façon moins impressionnante que les autres espèces

après le travail, quelques câlins pour mes petits chéris.
cobra monocle albinos
Depuis de nombreuses années je travaille maintenant avec mes deux cobras monocles 'albinos. Les deux se complètent, tandis que la femelle se dresse particulièrement haute et frappe vivement autour d’elle, le mâle est beaucoup plus tranquille et persévérant. Une fois qu’il danse, on peut aller prendre un café et quand on revient il se tient toujours debout .

Une fois pris dans la main le cobra abandonne son attitude d’attaque et ressemble à une couleuvre ordinaire.
Par rapport aux vipères et crotales (solenoglyphe), les crochets venimeux des cobras et des couleuvres venimeuses, en général, sont très courts (Protéroglyphe). Leur venin neurotoxique n’a pas besoin d’être injecté profondément.
J’ai longuement réfléchi pour savoir si je devais également faire part ici de mes accidents. Mais je pense, finalement, que si je les exclus, mon rapport ne sera pas complet, car la réalité ne les exclut pas et je dois également informer sur les conséquences d’une morsure
Je rapporte donc mes propres expériences, mais :
ATTENTION aux âmes sensibles , les photos suivantes ne sont pas très esthétiques !!!.
Dans les premières années du Reptiles-Show, la présentation de mes cobras était pour moi une sorte de travaux forcés pour mon esprit. Eveiller et concentrer tous ses sens au maximum, et avoir sans cesse à l’esprit la conscience du danger, est une épreuve psychique, qui demande beaucoup d’énergie mentale. Mais avec le temps et au fil de nombreuses représentations, (sur les foires jusqu' à 8 fois par jour), mes cobras devinrent un livre ouvert pour moi. Je pouvais anticiper et calculer leur actions et réactions Je savais exactement quand, à quelle hauteur et à quelle distance ils allaient frapper. Il faut dire que moi-même, je dispose d’une réaction très rapide et j’ai une bonne motricité. Ainsi les manipulations des cobras devenait un jeu pour moi , et malheureusement aussi de la routine et c’est là le danger. Comme débutant, je n’avais pendant des années, jamais eu le moindre accident. Devenu un vrai professionnel, j’ai eu plusieurs incidents de suite dont deux accidents graves. J'avais remplacé mes instincts par l’habitude et la routine, et j’ai relâché ma concentration.
Bientôt, je vais sortir mon nouveau livre, dans lequel je décris mes accidents plus précisément. Ici je me contente de vous relater deux de mes expériences malheureuses
Un des mes accidents les plus graves eut lieu avec un cobra monocle. Au cours de la préparation d’une représentation, il m’a mordu le majeur. 10 minutes après, je suis tombé dans le coma. 25 minutes plus tard une paralysie respiratoire se manifestait et un peu plus tard j’ai eu un premier arrêt cardiaque. 15 heures plus tard et après avoir eu deux autres arrêts cardiaques, j’ai réussi, grâce aux médecins et à la technologie moderne, à surmonter cette très sévère intoxication

Ce qu’il me restait était une grave nécrose qui m’a mutilé la main.

Ma main : 1 heure après l'accident, et 10 heures après.

Pour combattre cette nécrose qui menaçait ma main et même mon bras, j’ai dû passer, tous les jours, quelques heures dans un caisson hyperbare.

Mon majeur a été amputé 8 semaines après l'accident et après 6 autres semaines les plaies s'étaient fermées et l’incident pour moi était clos.
Cet accident était entièrement ma faute, je manquais d’attention. L’accident que je décris ci-dessous par contre ne peut m’être imputé :
Comme mon serpent à lunettes commençait a vieillir, j’ai acheté un bébé de la même espèce. Il avait un très beau dessin de « lunette », mangeait de bon appétit et grandissait à vue d'œil. Après plusieurs mois, il était temps de le préparer pour les représentations. Je l’ai sorti du terrarium, mis dans un corbeille puis fermé le couvercle pour le laisser se calmer. Quand j’ai rouvert le couvercle, il s’est tout de suite dressé et a suivi les mouvements de ma main. Quand il a découvert mon visage, il est resté immobile pendant un court instant et puis il m’a craché du venin avec précision dans les yeux. J’étais consterné, je ne m’ attendais pas du tout à ça car les naja naja ne crachent pas. (Il s’est révélé plus tard qu’il s’agissait d’un bâtard. Le père était un " Naja atra", et celui-là, il crache !)

accident avec un cobra cracheur
Sur la photo on voit l’effet du venin (après un traitement de plusieurs heures à l'hôpital). Le venin a jailli en plein dans mon œil droit, l’œil gauche n’a reçu que quelques gouttes. Bien que j’aie pu me rincer les yeux immédiatement , mes yeux et ma figure était très enflés.
Alors, qui est responsable de cet accident ? Le marchand qui m’a vendu l’animal ? La Nature ? Non, finalement, c’est moi le responsable. C’est moi « le pro » qui aurait dû penser à la possibilité des bâtards.
Aujourd’hui, lorsque je manipule des animaux, je ne me sers plus seulement de la routine et de mon habitude (expériences, calculs), mais j’utilise de nouveau tous mes sens à fond. Le moindre mouvement, à peine perceptible, des yeux de la queue ou la façon de sortir la langue ou de souffler, tous ces signes sont des indices pour prévoir leurs réactions. Dans mon subconscient, j’ai appris à les déceler et à les interpréter , on peut dire que je sens mes animaux. Le résultat : depuis plus de 15 ans je n’ai plus eu un accident.
Ce rapport sur les accidents sert surtout à vous mettre en garde contre un élevage inconscient d’animaux venimeux. Je connais un bon nombre de personnes qui élèvent des serpents venimeux, mais je sais que peu parmi eux sont réellement sérieux. Il y en a beaucoup qui compensent leur faible personnalité par l’élevage d’ animaux « spectaculaires ». Evidemment, le simple élevage de ces animaux ne nécessite pas de prendre autant de risques que j’en prends, moi , au cours d’un spectacle professionnel, mais si on veut s’en occuper correctement on ne peut jamais exclure un accident.
Tout ce que vous voyez sur ces images ne sont en fait que des réactions secondaires.
d'autres cobras
Tous les cobras ne sont pas des Najas, tel est le cas du cobra noir du désert (Walterinnesia aegyptia) qui peuple presque tous les pays arabes. Avec une longueur de 0,5 à 0,7 il est bien plus petit que les Najas, tandis que le Cobra forestier (Pseudohaje goldii) qui vit dans l'ouest, le sud-ouest et le centre de l’Afrique est sensiblement plus grand avec une longueur en moyenne de 2.20 à 2.70 m.
En Australie, tout est différent dans la faune des reptiles. Ainsi le cobra bruns de l’ouest (Pseudonaja nuchalis) n’a pas un venin neurotoxique comme l’ont généralement les cobras, mais un venin de composants neurotoxiques et hématoxiques .
Le cobra le plus impressionnant est sans doute le majestueux et énorme Cobra Royal (Ophiophagus hannah) qui atteint jusqu’à 4.5 m.

Le Cobra Royal n’est pas seulement le serpent venimeux le plus long de la terre mais aussi le plus dangereux. Son venin est beaucoup plus fort que celui des autres cobras et en plus le Cobra Royal en a une quantité bien plus élevée. Il vit aux Indes, en Chine, à Bali, aux Philippines et dans la presqu’île de Malaisie. Il se nourrit presque exclusivement d’autres serpents .
Moi-même, je n’ai pas encore élevé de Cobra Royal car ils sont très agiles et comme les mambas, ils ont besoin de beaucoup d’espace. J’ai un « collègue » qui en expose un exemplaire adulte. Mais comme il ne veut pas s’habituer à une autre proie que des serpents, il doit être alimenté par gavage. J’ai déjà aidé a cette procédure, mais je me suis abstenu de « jouer » avec lui, car ces serpents ont un rayon d’attaque très vaste et je ne suis pas une souris sauteuse ! Je suis content de ne pas être son propriétaire…