Dieter Zorn

Couleuvres grimpantes et terrestres d’Europe

Colubridae

Äskulapnatter (Elaphe longissima)

Les deux serpents les plus longs d'Europe, la couleuvre d’Esculape et la couleuvre de Montpellier, font partie de cette famille. Elles peuvent atteindre une longueur de plus de 2m et sont très agiles. Contrairement aux couleuvres aquatiques, elles sont très fortes et étouffent leur proie avant de l’avaler. Leurs longues dents ne facilitent pas seulement la capture des oiseaux mais peuvent aussi causer des morsures douloureuses à un intrus. Les couleuvres grimpantes et terrestres ont un grand appétit et leur menu est constitué d’insectes (pour les jeunes), amphibies, lézards, serpents, oiseaux et lapins. Cependant, elles sont particulièrement friandes de souris Une couleuvre grimpante adulte peut manger une vingtaine de souris par semaine

La couleuvre verte et jaune n’atteint qu’un peu plus de 1,7m. Elle est la plus colorée mais aussi la plus agressive des couleuvres européennes.

La couleuvre échelons n’est pas rare dans sa région de répartition. Elle n'est pas très craintive et attirée par des souris elle pénètre souvent dans les maisons. Elle peut atteindre plus de 1,5m mais dépasse rarement 1,00m

La plus petite est la couleuvre lisse c’est la plus répandue en Europe c’est la plus petite avec une longueur de 50 à 60 cm, rarement 70cm même. Elle est donc plus petite que certaines couleuvres d’eau.

Les couleuvres grimpantes habitent divers biotopes, mais ont une préférence pour des régions chaudes, aux sols rocheux et secs. Elles s‘accouplent au printemps après une hibernation de 4 à 5 mois. 40 à 60 jours plus tard (selon la température ambiante), elles pondent entre 5 et 15 œufs ; les plus grands spécimens parfois plus de 20 œufs. La couleuvre lisse est une exception, ses petits naissent, comme ceux des vipères, vivants. La coloration de son cou et de sa tête rappelle un peu l’aspect de la vipère. C’est probablement la couleuvre la plus facile à confondre avec une vipère même si son anatomie, le dessin de son corps et sa taille ressemblent plutôt à une couleuvre aquatique.

La couleuvre verte et jaune est clairement reconnaissable. Sur le fond noir du corps est tracé un dessin jaune vif. Quelques spécimens portent en plus des rayures vertes plus ou moins prononcées, d’où son nom d’ailleurs. Son comportement agressif est légendaire.

Par deux fois j'ai rencontré une couleuvre verte et jaune dans la nature, sans pouvoir m’approcher d’elle à moins de 10 m. Elle est extrêmement rapide et virulente. La couleuvre d’esculape est aussi rapide mais plus calculatrice . Lors d’une promenade, à 50 m de notre campement, voici ce que j’ai vu:

Il faut un oeil exercé pour reconnaître ce serpent au premier regard, mais la plupart des serpents que j’ai découverts dans la nature étaient cachés de la même façon.

Courir chercher l'appareil photo, et faire cette photo fut une affaire de quelques secondes. Comme je m’approchai trop près, elle se précipita hors de sa cachette, et m’attaqua.

Pendant plus de 10 minutes elle se maintint à une distance d’environ 1 m et de temps en temps, feignait des attaques. Elle se comportait comme un cobra mais en repliant son cou en « S », elle avait un rayon d’attaque beaucoup plus vaste.

Ensuite elle se calma un peu et je pensai pouvoir faire de gros plans.

J’ai dû constater rapidement qu’il n’était pas évident de faire des photos de ce serpent agressif. Surtout pas en la tenant dans la main gauche tout en manipulant l’appareil photo de la main droite. Lorsqu’elle essaya de mordre la main dans laquelle je tenais l’appareil (ce qu’elle a réussi à faire, d’ailleurs), j’ai pu faire cette photo au moment où elle se projetait pour mordre. Malheureusement la photo est un peu flou.

10 minutes plus tard, et après m’avoir mordu plusieurs fois, , elle ne se sentit plus menacée par mes mains et j’ai pu faire les quelques pas qui me séparaient de ma roulotte et demander à ma partenaire Uschi de faire quelques photos.

Maintenant son attention et sa colère étaient fixées sur Uschi. Elle semblait défendre ma main qui maintenant était son domaine. Je ne la tenais plus fermement du tout et pendant tout ce temps-là elle n’a fait aucune tentative de fuite, ce qui m’a bien plu.

On peut bien voir les traces de ses morsures sur ma main

Mes mains me brûlaient un peu mais malgré cela j’étais content de ne pas avoir utilisé d gants. Premièrement ces photos auraient été pitoyables et deuxièmement je n’aurais pas eu assez de sensibilité et le serpent n’aurait pas du tout apprécié le séjour dans la main. Elle ne serait jamais devenue docile aussi rapidement.

Elle restait toujours dans ma main, vigilante mais elle ne la mordait plus. Aussi il m’était difficile de la rendre à son destin. C’était un serpent tout à mon goût. Quand je l’ai lâchée elle ne s’est pas enfuie tout de suite, comme le feraient la plupart des serpents. Elle est restée un bon moment près de nous et ensuite s’en est allée tranquillement, comme si nous n’étions pas là.

Je peux comprendre que dans l’histoire, on ait vu dans le serpent plus qu’un simple « ver » . Déjà dans l’Antiquité on parle de la couleuvre d’Esculape. Ainsi elle doit son nom aux Dieux grec et romain de l'art de la médecine, Asklepios et Esculape, et encore aujourd'hui l’esculape enroulé autour d’une canne est le symbole du corps médical.

Encore une fois je dois la comparer à un cobra, car la couleuvre d’Esculape a à peu près le même rôle en Europe que le cobra en Egypte. Peut-être est-ce leur façon de se monter sûr de soi et sans crainte qui impressionne ainsi les gens.

J’ai toujours compris la vénération portée au très venimeux cobra , car il peut être maître de la vie ou de la mort de l’homme. Mais je n’aurais jamais cru qu’une couleuvre non venimeuse puisse ainsi m’impressionner.

Heureusement pour moi, c’ est dans la région méditerranéenne de l’Europe qu’elle vit principalement, ainsi je suis assez certain d’en rencontrer encore quelques autres spécimens.

J'ai déjà souvent trouvé des couleuvres échelons près de moi, elles sont très répandues dans le sud de la France, sauf sur les bords des rivières, lacs ou d’autres plans d’eau qui hébergent principalement les couleuvres d’eau.

La couleuvre à échelons est facile à reconnaître. Sur son dos elle a deux rayures longitudinales qui sont, surtout chez les jeunes animaux, reliées par des trait horizontaux. Ce qui rappelle une échelle, d’où son nom. Elle est réputée être agressive mais mes expériences ne le confirment pas. Cet exemplaire est même resté tranquille lors des prises de vues rapprochées.

Avec beaucoup de patience j’ai réussi à la prendre dans la main, sans être mordu ! 

Aussi, je n'ai pas tenu fermement ce serpent mais je l’ai laissé se glisser d’une main à l’autre pour qu’il ne se sente pas capturé ou menacé de mort. Après quelques minutes, il est devenu si tranquille que j’ai pu la tenir dans une main et la photographier avec l’autre. Quand j’ai approché ma main du sol il est parti, sans aucune panique.

 

Les vipères sont des serpents venimeux, et les couleuvres des serpents non venimeux. C’est généralement connu, mais ce n’est pas tout à fait correct, car la couleuvre de Montpellier est une fausse couleuvre et celles-ci sont venimeuses (opistoglyphe).

La femelle couleuvre, de Montpellier est reconnaissable par sa coloration sur les côtés, le male est uniforme.

Voici un mâle d’une couleuvre de Montpellier. On voit bien la disposition des crochets et l’écaille anguleuse au dessus de l’œil, typique pour cette espèce.

Voici un mâle d’une couleuvre de Montpellier. On voit bien la disposition des crochets et l’écaille anguleuse au dessus de l’œil, typique pour cette espèce.

La couleuvre de Montpellier est très agressive, et attaque parfois quand on s’approche de trop près. Mais des accidents avec son venin sont rares, car premièrement avant qu’on ne soit trop près, elle se fait remarquer, elle essaie d’abord de dissuader une envie d’approche. Deuxièmement il est rare qu’elle puisse implanter ses crochets venimeux, placés très en arrière. La deuxième morsure est plus dangereuse que la première: lors de la première morsure le venin sorti des crochets s’est répandu dans toute la gueule. Les autres dents ouvrent des blessures saignantes par lesquelles le venin neurotoxique de la couleuvre de Montpellier pénètre dans le sang. Mais aussi une morsure sans venin de cette couleuvre qui atteint jusqu’à 2.5 m, et qui est du diamètre de l’avant-bras d’un homme, peut être très désagréable. Ses nombreuses dents sont longues et coupantes.

Les généralités et caractéristiques de toutes les couleuvres et fausses couleuvres , sont décrites dans notre Encyclopédie des Serpents.

La couleuvre de Montpellier possède encore une autre particularité : le mâle marque la femelle avec un odeur émis par une glande nasale spéciale ce qui montre un comportement social très rare pour un serpent. Le repas préféré de la couleuvre de Montpellier consiste en lézards mais elle aime aussi manger d’autres serpents. Rongeurs ou oiseaux sont plutôt, pour elle, des aliments de deuxième choix.

La vipère lâche la proie après la morsure, et suit ensuite la trace d'odeur. La couleuvre de Montpellier cependant tient bien sa proie et la mâche pour y inoculer beaucoup de venin. Son venin neurotoxique immobilise la proie après quelques secondes.