Dieter Zorn & Uschi Kallus

 

 

Les serpents à sonnette ou crotales

Serpents à fossettes (Crotalinae)

 Crotale diamantin de l'est (Crotalus adamanteus) 

 

Les serpents à sonnette du genre Crotalus et les serpents à sonnette nains ou pygmées, du genre Sistrurus, possèdent au bout de la queue un appendice sonore, la « sonnette », constitué d’enveloppes de corne qui se chevauchent. En cas d’excitation le serpent la fait vibrer (plus de 60 oscillations par seconde) et produit ainsi un bruit effrayant. Chaque fois qu’il mue, la « sonnette » s’agrandit d’un cran. Elle est très fragile et se casse souvent partiellement, parfois complètement.

 

Entre leurs yeux et leurs narines, se trouvent des fossettes, leur organe thermorécepteur qui permet à ces animaux de percevoir une variation de température de 0,003°c ! Ainsi, ils sont capables de détecter, par exemple, la présence d’une souris à une distance de plusieurs mètres dans l’obscurité complète et de la chasser.

Vous trouverez plus d'informations sur les particularités communes à leur espèce dans notre „Schlangen-Enzyklopädie“

Tous les serpents à sonnette sont originaires d’Amérique. Ils vivent dans des biotopes des plus divers, du Canada jusqu’en Argentine, mais c’est au Mexique qu’ils sont les plus nombreux. Ceux qui peuplent les régions froides font un repos d’hiver.
A part leur sonnette et leurs fosses thermoréceptrices, ils ont d’autres points communs: les bébés naissent vivants (ovovivipare), ils ont un venin hématoxique puissant (les venins de quelques sous-espèces, tel que le crotale cascabelle (Crotalus durissus) sont de plus neurotoxiques), ils ont tous la tête triangulaire, les pupilles verticales, les écailles carénées et la queue se distingue du corps.
Il y a une multiplicité d’espèces et de sous-espèces qui se sont adaptées aux biotopes les plus divers. Mais hormis peu d’espèces, comme les crotales des bois nord-américains (Crotalus horridus), ils préfèrent des biotopes chauds et secs. Même dans les déserts de sable vivent des serpents à sonnette, comme le crotale cornu (Crotalus cerastes), qui s’est complètement adapté à la vie dans cet environnement hostile (comme d’ailleurs la vipère des sables africaine (Cerastes).
Décrire ici toutes les espèces, serait trop ennuyeux pour la plupart des lectrices et lecteurs, mais dans le chapitre « Le Catalogue », vous trouverez les informations les plus importantes les concernant.
Dans ce rapport, je veux me limiter aux serpents à sonnette, que j’ai élevés moi-même et qui font partie des espèces probablement les plus impressionnantes. 
Commençons par le plus grand des crotales qui est le serpent à sonnette diamantin de l'est, (Crotalus adamanteus). Il peut atteindre jusqu' à 2.5 m de long et le diamètre du bras d’un homme, mais généralement il ne dépasse pas 2 m. Il vit de la Caroline du Nord jusqu’en Louisiane et Floride et aime les clairières ensoleillées des pinèdes.
Quand nous avions décidé dans les années 80 d’intégrer des serpents venimeux et dangereux dans l'exposition de notre Reptiles-Show, il était évident pour nous, que le serpent à sonnette devait en faire partie, étant, avec le cobra, le serpent venimeux le plus connu mondialement. J’ai eu de la chance et j’ai pu acheter un couple de serpents à sonnette diamantins de l'est à une ferme de serpents qui récupèrait le venin à des fins médicales. De remarquables exemplaires impressionnants devenus trop vieux pour être exploités comme producteurs de venin, mais superbes pour une exposition. Malheureusement ils avaient désappris à s’alimenter par eux-mêmes, car les fermes de serpents ont l’habitude, pour des raisons d’ordre pratique, d’alimenter les serpents après avoir enlevé du venin, à l’aide d’une seringue munie d’une sonde qui leur injecte une bouillie nourrissante directement dans l’estomac. Quand on est confronté soudainement au devoir de nourrir un couple de serpents à sonnettes diamantins adultes par gavage, une montée d’adrénaline se fait sentir. Mais on s’habitue à tout et je suis content d’avoir pu leur offrir encore quelques années agréables pour leur vieux jours. Le mâle a encore vécu 4 ans et la femelle 6 ans, ainsi ils ont vécu respectivement 11 et 13 ans.
Quand j'ai commencé à effectuer des manipulation devant le public, les serpents à sonnette étaient bien sûr aussi au programme. Pour mes premières présentations, j'ai acheté un couple de serpents à sonnette nains ou crotale pygmée (Sistrurus). Ils sont moins agressifs que les grandes espèces et surtout, ils ont un rayon d’attaque moins important.

 Crotale pygmée  (Sistrurus miliarius)

Sistrurus miliarius vit dans le sud-est des USA dans des forêts et prairies. Avec une longueur de 50-70 cm, il atteint la même longueur que les plus petites espèces du genre « crotalus ».  Du point de vue  puissance leur venin peut se comparer à celui des vipères européennes.

 Pendant trois ans la présentation des crotales nains, avec extraction de venin, fut un des clous de notre « show »

 

Avec le temps, notre présentation devenait de plus en plus prodigieuse, et ainsi j'ai commencé à travailler avec de grandes espèces C’est  avec un crotale basilis (Crotalus basiliscus ) que j’ai fait mes premiers essais. Mesurant de 1.80 à 2.10 m ce serpent à sonnette arrive au deuxième rang quant à la longueur..

 Crotale basilis (Crotalus basiliscus).

 

Pour ma présentation je ne pouvais malheureusement pas utiliser mes " basilics ", ils étaient tellement fainéants, qu'on pouvait les croire dociles, jusqu’à ce qu’ils passent d’un instant à l’autre à l’attaque.
Comme les gens du spectacle sont les préférés des Dieux, on m'a offert à point nommé un crotale diamantin de 1.3 m . Il s’est avéré être idéal pour la présentation parce que, la seule chose qu’il voulait, c’était défendre sa place. Cet animal n’attaque pas, tant qu’on ne s’approche pas de trop près, mais ne recule pas d’un millimètre non plus ; il actionne sa sonnette sauvagement et projette la moitié de son corps en avant pour attaquer dès qu’on s’approche. Ses longs crochets venimeux et la quantité de venin qui s’y écoule avaient de quoi impressionner nos spectateurs..


Le crotale diamantin, aussi appelé serpent à sonnette du Texas possède le venin le plus fort de tous les crotales et est aussi, selon mon expérience, le plus agressif. Il peut atteindre la même longueur que le crotale basilis de la côte ouest mexicaine (2,1m), mais en général, il est plus petit : sa longueur moyenne est de 1,6 m. Il est donc à la troisième place des crotales, du point de vue longueur, mais il est certainement le plus connu car dans d’innombrables Western il fait trembler de peur les héros comme les truands les plus endurcis.

Pendant longtemps les crotales diamantins constituaient une nourriture de base pour les indiens et aujourd'hui on vend, comme denrée de luxe, des conserves de ce serpent à sonnette. Pour satisfaire la demande il existe quelques fermes d’élevage. Bien sûr leur peau à également un intérêt commercial, ce que je ne veux pas condamner. On mange bien des cochons, des vaches ou du cheval, qui sont des animaux intelligents, ce n’est pas plus abominable de manger ces animaux primitifs !...

Au bout de quelques années, mon crotale diamantin était devenu, avec son mètre 60, trop long pour être manipulé sur une table et son rayon d’action de plus en plus grand devenait dangereux. Je savais maintenant qu’une longueur de 1.3 à 1.5 m était l’idéal. Comme en voyage je ne peux pas me permettre de devenir un refuge pour des serpents devenus trop grands pour la manipulation et que je ne vends jamais mes animaux (le « texas » a encore vécu 6 ans de retraite chez moi et a atteint 1.85 m), je me suis mis en quête d’un crotale qui aurait le même comportement que le diamantin mais qui ne dépasserait pas le mètre 60. Ainsi j’ai découvert le serpent à sonnette de prairie (Crotalus viridis)

 La femelle de mes serpents à sonnette de prairie, distinctement on voit le nez et les fossettes thermo-réceptrices

 

Sa répartition s’étend du Canada par l’ouest des USA jusqu’au Mexique. Ils habitent des biotopes les plus divers grâce à leur faculté de s’adapter facilement.

 Ici, avec le mâle, je vous montre les longs crochets venimeux et à quel degré ils peuvent ouvrir leur gueule. C’est exactement dans cette posture qu’il se projette vers sa victime..

 


Notre couple de serpents à sonnette de prairie s'est habitué impeccablement, et depuis de nombreuses années je travaille avec eux. Comme les serpents ne se reproduisent seulement que quand ils se sentent bien et à l’aise, leur progéniture est toujours pour nous comme un petit « merci ».

Le mâle qui veut s'accoupler plusieurs fois par an semble être particulièrement reconnaissant. Dès que la femelle lui montre un peu d'intérêt (ou du moins qu’il en a l’impression), il rampe vers elle en tressaillant et glisse le long de son corps. Si maintenant la femelle ne se sauve pas, le mâle commence à l’enlacer. Il la pénètre avec un de ces deux hémipenis qui gonfle ensuite jusqu’à augmenter de plusieurs fois son volume ce qui empêche que la femelle ne se sépare de lui trop tôt. Ce qui est décrit ici en quelques lignes dure en réalité entre 5 heures et 2 jours

 Immédiatement après l'accouplement l’hemipenis a encore une grandeur impressionnante 

 

Six mois plus tard

Notre bébé, d’à peine un jour, est déjà un véritable serpent à sonnette. Même si la queue n'a pas encore de crécelle, il la fait déjà vibrer instinctivement. A chaque mue, un segment d’enveloppe cornée s’ajoute et bientôt sa sonnette émettra le bruit typique de crécelle. Ce « ver » est agressif et vorace depuis sa naissance et dans quelques années ce sera à son tour d’impressionner nos visiteurs

Notre crotale d’Uracoan (Crotalus vegrandis )du Venezuela, très beau, mais il se comportait bizarrement.)

D’un côté il avait tendance à chercher à fuir ce qui est très rare pour un serpent à sonnette, et par ailleurs, il était extrêmement agressif. A la moindre approche d’un adversaire il fuyait pour se retourner l’instant d’après, attaquer et reprendre la fuite aussitôt. Il recommençait à plusieurs reprises pour finir par fuir définitivement.

Les serpents à sonnette sont considérés comme les serpents les plus rapides pour projeter leur tête et mordre. Il paraît que leur vitesse d’attaque atteint jusqu' à 280 Km/h, ce que je n’ai pas pu vérifier, mais celui-là était le serpent le plus rapide que j’aie jamais rencontré. Beaucoup de ses mouvements était trop rapides pour être suivis des yeux et c’était un des rares serpents que je ne prenais dans les mains qu’en cas de nécessité.

Je n’ ai eu moi-même qu’un accident minime avec un serpent à sonnette, mais j’ai connu des gens moins chanceux. Deux personnes parmi mes connaissances ont été mordues par des serpents à sonnette, et toutes les deux ont été intoxiquées gravement , et leur membre atteint, mutilé. 

Lors de l’un de ces accidents, ma compagne Uschi et moi étions présents. A la fin de l’ une de nos représentations, un visiteur nous a expliqué qu’il devait déménager et de ce fait ne plus garder son serpent à sonnette du Texas. Nous nous sommes donc rendus chez lui pour récupérer l’animal. Il le gardait dans une vitrine banale , équipée de simples portes glissantes et ne possédait pas le moindre outil d’aide pour manier les serpents, ces outils sont pourtant indispensables quand on élève des espèces venimeuses. Je sors donc pour chercher mes propres outils dans la voiture, et j’entends Uschi crier. Tout de suite, j'ai craint le pire et je ne m’étais pas trompé. Vraisemblablement il avait essayé de capturer son crotale à mains nues, probablement pour impressionner Uschi, et du coup le serpent l’avait mordu deux fois dans la main droite. J'ai tout de suite fait un garrot et nous avons filé à toute allure à hôpital le plus proche (25 km, nous étions en pleine campagne). Bien qu'Uschi, eût déjà prévenu l’hôpital par téléphone pendant que je m’occupais du jeune homme, les services étaient désemparés et ne savaient que faire. Heureusement à l’époque déjà j’avais quelques notions de plus que les « premiers soins » et j’ai pu me rendre utile en attendant l’arrivé de l’hélicoptère. L’intoxication s’est avérée ne pas être mortelle mais son bras est resté paralysé et a pris une apparence qui fait frissonner les âmes les plus endurcies.

À l’un de nos premiers spectacles un reporter prenait des photos, plein d’enthousiasme, et nous a expliqué ensuite qu’il travaillait pour le journal mais aussi pour une revue et que c’était dommage que le chapiteau soit si coloré car cela faussait les couleurs des clichés . Puisque nous n’étions pas encore très connus et qu’à l’époque je me sentais encore flatté de paraître dans un journal, je me suis dit qu’un peu de pub ne pouvait nous faire que du bien et je lui ai proposé de réaliser quelques clichés en plein air. Après avoir fait photographier quelques animaux je suis allé chercher mon crotale diamantin et j’ai posé avec lui..

Sorti de son vivarium il avait déjà, à plusieurs reprises , essayé de me mordre, mais bon, ce n’était pas possible puisque je le tenais fermement en main, du moins c’est ce que je croyais. A l’instant même où cette photo a été prise il a perforé sa propre mâchoire inférieure avec un de ses crochets et il a réussi à planter, tout juste le bout de sa dent, dans mon index. Bien qu’il n’ait pas vraiment pu m’injecter de venin, le lendemain, mon doigt et ma main étaient plus gonflés qu’après une « vraie » morsure de vipère européenne. 

Malheureusement cette photo n’est que la copie d’une copie d’un article de journal, mais pour moi c’est un souvenir

L’élevage de serpents à sonnette comme d’ailleurs de tous les animaux venimeux et dangereux est réservé à des personnes expérimentées et compétentes.